Vers le milieu du XVIIIe siècle, la terre de Botiguery (c’était, à l’origine, le nom du domaine) est une dépendance de la Seigneurie de Bodinio, sise en Clohars-Fouesnant. Par le jeu des alliances matrimoniales, elle appartiendra au puissant marquis du Bordage, au marquis de Cheffontaine et à l’épouse du maréchal François de Coigny, dont le petit fils la cède, le 5 octobre 1770, au sieur Tanguy Yvonnet du Run.

En 1819, le domaine est mis en vente par licitation (mise en vente aux enchères volontaire d’un bien en indivision successorale) de la succession de Marie Suzanne Yvonnet du Run, veuve du sieur Le Breton de Ville-Blanche. Guillaume Le Berre, meunier au moulin de l’évêché, à Quimper, s’en porte acquéreur et en devient propriétaire. Côtoyant un petit hameau, le manoir de Botiguéry, orienté sud-est et situé dans l’axe de la fontaine et de la chapelle Notre-Dame-du-Vray-Secours, est alors en bon état.

Le Frontispice, ou façade du corps principal, orné de pilastres, de corniches en taille et en saillie, est flanqué de deux pavillons symétriques. L’ensemble, d’une longueur de 27 mètres, présente les caractéristiques d’une « Malouinière », ces célèbres demeures qui jalonnent la côte d’Emeraude. Précédé d’une cour et d’une terrasse sablée, le bâtiment dissimule en arrière un verger clos, des jardins, une charmille (allée plantée de charmes) et des bâtiments de service encadrés de murets et desservis par de belles allées boisées.

Au décès du meunier, la mésentente entre ses deux filles, toutes deux boulangères, respectivement rue Kéréon et rue Royale, à Quimper, sera à l’origine d’une nouvelle licitation du domaine en 1841.

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Four à pain rénové

Le 16 juin 1841, au dernier feu de la troisième bougie, Charles Fidèle de Kerret et son épouse, Félicie Le Feuvre de la Faluère, déjà possesseurs du domaine de Lanniron depuis 1833, deviennent également propriétaires des terres de Botiguery.

Le manoir, à l’abandon depuis 22 ans, est en piteux état. Sa restauration ne semble pas utile à Charles Fidèle tant Lanniron, plus confortable, est proche.
Cependant, le projet d’un nouveau château, plus moderne, et d’une basse-cour est mis à l’étude.

Il est fait appel aux frères Denis et Eugène Bühler, architectes paysagistes de renom, pour établir le tracé des allées, perspectives et accès du futur parc. En 1867, les plans des communs sont achevés et leur construction peut débuter, notamment grâce aux briques rouges produites sur le domaine.

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Les écuries 1870

Si le rez-de-chaussée du bâtiment est destiné au cocher, aux voitures et aux chevaux, l’étage, bien très sobre, est réservé aux maîtres de maison. Le 8 février 1872, Charles Fidèle et son épouse font donation de leurs biens à leurs enfants.

C’est Carl qui reçoit Boutiguery. Né à Lanniron en 1842, il étudie à Saint-François-Xavier, puis   est attaché, dès 1864, à la Banque ottomane. Il rejoint à l’occasion son ami le marquis de       Ploeuc, alors directeur à Constantinople. Malheureusement, il doit fuir le climat de ce pays après avoir contracté une grave fièvre typhoïde et retrouve son poste à Paris. Lorsqu’en 1870 la guerre éclate contre la Prusse, il est nommé lieutenant au bataillon du Finistère.

Il participe notamment au sauvetage du gouvernement de la Défense nationale dans la capitale assiégée. Bien que propriétaire du domaine viticole d’Echeneau, près de Vouvray (en Touraine), après la guerre, il se fixe à Gouesnac’h. Il s’attache à faire le bien autour de lui (fondation de l’Ecole des Sœurs, par exemple), illustrant parfaitement la devise des Kerret : « Teven hagober » (Faire et taire). Et il embellit Boutiguery qui lui doit certainement ses premiers rhododendrons. Il  décède à l’Echeneau, le 21 Août 1887, mais est inhumé dans sa chapelle du Vray-Secours, à Boutiguery. Sans prospérité, il lègue le domaine à sa sœur, Hermine.